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b.1996, Paris
  
    À la racine, moins une thèse qu'un symptôme : nous ne sommes jamais intacts. Le sujet ne se lit pas dans son intégrité supposée mais dans ses restes (trace, cicatrice, rémanence, mnémosyne). De là, une pratique dite analogue : non pas mimétique, mais câblée au réel, comme un organe greffé. La matière y fait argument ; elle porte, elle essuie, elle garde la trace de ce qu'elle recouvre.

Une exposition récente, 1/2 Litre de Lait, en a condensé l'opération : le demi comme reste d'une division jamais soldée, ni plein ni vide, dans un écart habité. Il manque toujours quelque chose ; c'est par là que l'on entre.

L'enfance y figure comme arcadie de conditionnement, là où se tressent désirs et normes, jeu et loi, don et dette. Faute de modèle stable à imiter, les images prennent le relais et font autorité : packagings, figurines sous licence, pictogrammes domestiques, personnages de fiction. Ces icônes sécrètent leurs archétypes (famille, virilité, puissance). On se fabrique avec ce qui traîne ; l'image trouvée devient tuteur. Le jeu vidéo, matrice narrative de cette génération, opère ici comme régime perceptif autant que comme motif : il fait coïncider virtuel, réel et mémoriel sur un même plan.

Ces images circulent comme preuves, non comme citations. Poncées jusqu'à leurs jointures, floutées pour refuser la netteté à ce qui n'existe que comme promesse. Elles sont remontées en agencements dissonants où la référence reste lisible, mais déraille. Chaque surface devient une fouille : ajout et soustraction y forment un seul geste, à l'huile comme à l'aérographe. Et quand le cadre ne suffit plus, le geste déborde.

Quelque chose insiste : un affect sans objet assignable, attraction et retrait, présence qui s'efface, la mémoire d'un monde qui n'a jamais eu lieu. Le travail ne répare pas ; il tient par ses sutures, moitié énoncée, moitié suspendue. Ce qui reste n'est pas ce qu'on garde, mais ce qu'on recommence.


b. 1996, Paris

At the root, less a thesis than a symptom: we are never intact. The self is read not in its supposed wholeness but in its remainders (trace, scar, afterimage, Mnemosyne). Hence a practice he calls analogue: not mimetic, but wired to the real, like a grafted organ. Here matter makes the argument; it carries, it wipes, it keeps the trace of what it covers.

A recent exhibition, 1/2 Litre de Lait, distilled the operation: the half as the remainder of a division never settled, neither full nor empty, an inhabited gap. Something is always missing; that is the way in.

Childhood appears here as an Arcadia of conditioning, where desire and norm, play and law, gift and debt are braided together. For want of a stable model to imitate, images take over and assume authority: packaging, licensed figurines, household pictograms, fictional characters. These icons secrete their archetypes (family, virility, power). We assemble ourselves from whatever lies around; the found image becomes a guardian. The video game, the narrative matrix of this generation, works here as a mode of perception as much as a motif: it brings the virtual, the real and the remembered onto a single plane.

These images circulate as evidence, not as quotations. Sanded down to their seams, blurred so as to deny sharpness to what exists only as a promise. They are reassembled into dissonant arrangements where the reference stays legible, yet veers off. Each surface becomes a dig: adding and removing form a single gesture, in oil as in airbrush. And when the frame no longer holds, the gesture spills over.

Something persists: an affect with no assignable object, attraction and withdrawal, a presence fading out, the memory of a world that never took place. The work does not repair; it holds by its sutures, half spoken, half suspended. What remains is not what we keep, but what we begin again.
© James Dosa 
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